[StartMeUp] Découvrez « LA » startup coopérative rennaise, au service du patrimoine arboré

Sabine El Moualy a participé à la seconde promo 2019 de StartMeUp, qui a tout récemment tiré sa révérence. Le projet, dont elle est cofondatrice et porte-parole, est particulier à bien des égards. Parce qu’il est intimement collaboratif, de la structure qui le portera — une startup sur le modèle d’une coopérative — jusque dans l’implication de toutes les parties prenantes lors de la conception de son produit — une suite logicielle complétée par une application mobile. Si cette dernière n’a pas encore été baptisée, son objectif est clair : préserver et gérer le patrimoine arboré en milieu urbain.

Du constat… À l’idée !

Sabine El Moualy est géographe urbaine, cartographe, et gérante d’Aubépine. Ce bureau d’étude, aujourd’hui organisé en SCOP, a été créé en 1999 par Pierre Bazin et Thomas Schmutz, ingénieurs spécialisés sur l’arbre. Ils évaluent la santé des arbres et plus globalement la prise en compte du végétal lors de projets d’aménagement. Alors qu’elle préparait sa thèse, la doctorante entre en contact avec une multitude d’interlocuteurs — aménageurs, collectivités, terrassiers, chefs de chantiers… Elle constate que l’arbre et la nature sont souvent perçus comme une contrainte supplémentaire dans les pratiques aménagistes, malgré les ambitions de préservation. Et que chaque interlocuteur a une vision partielle du patrimoine végétal et arboré.

En parallèle, l’inventaire et la gestion généralisée du patrimoine arboré semblent « une tâche de Sisyphe », souligne Sabine El Moualy. « Il faut sans cesse mettre à jour des données en constant mouvement, à l’échelle d’une ville. » En conséquence, les plans de gestion des arbres se succèdent, avec des mises à jour parfois laborieuses, voire inexistantes si la collectivité ne dispose pas de la ressource humaine nécessaire. « Certaines collectivités, comme Rennes Métropole, ont des équipes dédiées et rodées. D’autres n’en ont pas les moyens. »

La solution est née au sein d’Aubépine, co-pensée et co-créée par ses quatre membres : une suite logicielle qui permettra à tous, des ingénieurs aux techniciens sur le terrain, d’agréger ces données. Pour, in fine, visualiser à l’instant T le patrimoine arboré d’une zone géographique précise, planifier et budgétiser les actions à mener.

Un outil puissant et ergonomique

C’est toute la vocation de cette suite informatique, qui verra le jour d’ici fin 2020, après un premier proof of concept en début d’année prochaine — avis aux potentiels contributeurs ! « Ces outils permettront de mutualiser les compétences et de faciliter la transmission d’informations, du terrain au bureau. Et que chaque collectivité ait une vision d’ensemble de son patrimoine arboré, de son état, de l’entretien à assurer… »

Sur le terrain, le technicien pourra renseigner différentes caractéristiques (hauteur, largueur de l’arbre, essence…), noter sa santé, mais aussi étendre les informations à la terre végétale disponible à ses pieds, aux réseaux en sous-sol. « Les arbres peuvent vivre plus d’une centaine d’années. En milieu urbain, la moyenne est réduite à une cinquantaine d’années », souligne Sabine El Moualy.

Depuis 20 ans, les ingénieurs d’Aubépine approfondissent les diagnostics et usent de la préconisation d’abattage en dernier recours. Leur indépendance restera la clef de leur métier. Ce nouveau projet s’inscrit davantage dans une vision coopérative de ces espaces arborés. À terme, l’ambition est d’associer les citoyens aux collectivités, pour que chacun s’empare de ce sujet et devienne acteur du patrimoine de sa ville. « Tous responsables. L’arbre est un objet paradoxal : il est à la fois symbolique, rassembleur, conflictuel, porteur d’aménité environnementale, de dangers, etc. Les métiers qui se cachent dans l’envers du décor urbain sont méconnus alors que les enjeux politiques s’accroissent. »

Ou comment mêler conviction et pragmatisme. Sabine El Moualy conclut : « nous voulons que ce projet soit une success-story collaborative, pour réunir et engager un maximum de personnes et d’interlocuteurs. La question n’est plus de prouver les avantages d’une trame verte urbaine, mais bien : qu’est-ce que l’on fait ? »