Vers une innovation vertueuse

Dans la nouvelle « Cercle vicieux », Isaac Asimov présente en 1942 ses fameuses lois :

1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être
humain exposé au danger ;
2. Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres
entrent en contradiction avec la première loi ;
3. Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en
contradiction avec la première ou la deuxième loi.

Remplacez « robots » par « innovation », et vous saisirez l’esprit de l’innovation vertueuse.
Complétez « être humain » par « territoires » et « monde du vivant », et vous saisirez la complexité
qu’affrontent les innovatrices et innovateurs d’aujourd’hui.

Jadis portée au pinacle, l’innovation semble à contretemps de notre époque. Une connotation
négative s’associe désormais dans nos esprits, évoquant des imaginaires de machines folles et
d’algorithmes tout-puissants. Pourtant, si innover consiste à changer un ordre existant, n’est-ce
pas aujourd’hui ce dont nous avons le plus besoin ? Dans le contexte d’urgence écologique et
sociale, qui peut croire que le monde d’après se fera sans changer profondément le monde
d’avant ?

Notre problème n’est pas l’innovation, mais les termes de son contrat actuel. Parvenus à la fin
d’un cycle, nous ne la regardons plus qu’au travers du prisme des technologies, de la vitesse et
du court terme. Nous avons parfois oublié qu’innover, c’est aussi régler les problèmes des
humains, du territoire et du vivant. C’est permettre à chacun de trouver des solutions pour tous.
C’est conjuguer l’urgence et le temps long.

Nous entrons dans une époque excitante et exigeante. La portée de notre impact sur le monde
n’a jamais été aussi partagée. Les talents et les ressources se mobilisent grâce à l’énergie de
cette prise de conscience.

Nous n’innoverons plus de la même manière. Les hiérarchies et les règles ne sont plus les
garants de l’acceptabilité du progrès. Les silos ne protègent plus d’un environnement
interconnecté et global. Mais les casser ne suffira pas. Les innovatrices et innovateurs portent
désormais cette responsabilité d’agir en pleine conscience de leur impact. Rendre l’innovation
vertueuse, ce n’est pas changer les produits mais changer le système et la culture. Ce n’est pas
juger a priori, mais inciter les créateurs à s’interroger sur les conséquences possibles de leurs
inventions.

La vertu de l’innovation ne se décrète pas, elle se constate et se prête de bonne grâce au
débat. Nous savons en Bretagne construire la confiance et l’ouverture nécessaires à ce
dialogue. La récente concertation sur la 5G à Rennes a démontré que la pédagogie peut être
l’alliée de l’innovation et de l’emploi. La qualité des débats a redonné au citoyen une place dans
le processus de décision. Tout reste à inventer mais l’essentiel pour nous est la confiance et le
respect créés entre les parties prenantes.

Nous devons apprendre à porter de nouveaux questionnements sur nos innovations, à les
interroger également dans le temps long et dans leurs impacts indirects. Écouter, savoir douter
à bon escient mais sans exclure a priori.

Ce manifeste se veut le début d’une conversation. Une conversation avec les entrepreneurs, les
créateurs, les salariés, les citoyens….toutes celles et ceux qui contribueront à l’innovation
vertueuse. Une innovation qui respecte nos territoires et ses habitants, une innovation
stimulante pour nos entreprises et nos emplois.

L’innovation vertueuse, c’est aussi le thème de La Digital Tech qui se déroulera le 3 décembre prochain au sein du Couvent des jacobins à Rennes :

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