Le Poool, avec Rennes Métropole et Saint-Malo Agglomération, permet aux entreprises qui ont un impact positif sur la société de tester leur innovation en conditions réelles. Le LAB Rennes Saint-Malo aide les entrepreneurs à organiser l’étape de « l’expérimentation », ce moment clé, avant la commercialisation, où la solution est confrontée pour la première fois à ses futurs utilisateurs. Une aide au financement du projet d’expérimentation est possible jusqu’à 50 000€ en Avance Remboursable.
La société rennaise Heyliot, désormais intégrée au groupe BH Environnement, conçoit depuis 2017 des solutions pour aider les collectivités à mieux gérer leurs déchets. Sa mission : améliorer la qualité du service rendu aux usagers tout en réduisant les coûts de collecte. Pour accélérer sa croissance et conforter sa position de pionnier, l’entreprise a testé une nouvelle déclinaison de son produit phare sur plusieurs Points d’Apport Volontaire (PAV) de Rennes.
| Durée de l’expérimentation : Initialement prévue pour 9 mois, l’expérimentation a finalement duré 27 mois. Cette prolongation a permis d’assurer la robustesse des tests et d’adapter le matériel aux contraintes du terrain. Lieu de l’expérimentation : Trois PAV situés à Rennes, rue Aurélie Nemours, avenue Jules Maniez et rue du Cardinal Charost. Zoom sur HeySignal, la solution de BH Environnement (ex Heyliot) : La solution initiale de Heyliot, Heywaste, repose sur des sondes de télérelève installées dans les conteneurs pour mesurer le niveau de remplissage et déclencher la collecte au bon moment. Ces capteurs, associés à une plateforme web, permettent d’optimiser les tournées et de limiter les débordements.Mais les données ont révélé un problème récurrent sur les PAV : lorsque deux bornes identiques sont côte à côte, l’une se remplit très vite tandis que l’autre reste disponible. Cela entraîne des levées inutiles, des dépôts sauvages et parfois des tensions opérationnelles entre collecteurs et services de propreté.Pour répondre à cette problématique, BH Environnement a développé HeySignal, un dispositif qui ajoute un signal lumineux clignotant sur la borne la plus remplie afin d’orienter l’usager vers la borne disponible.L’objectif : changer le comportement de dépôt de l’usager, mieux répartir les apports entre deux conteneurs jumeaux, limiter les débordements et optimiser la collecte. |
Quels étaient les enjeux de cette expérimentation pour BH Environnement ?
Cyril Pradel, BH Environnement : Les enjeux étaient multiples. Nous souhaitions enrichir notre solution en proposant une brique complémentaire à Heywaste, tout en nous différenciant sur un marché où la pression concurrentielle est forte. Lorsque nous avons lancé notre première sonde en 2019, nous étions les seuls à utiliser la technologie laser « Time of Flight ». Depuis, d’autres acteurs l’ont adoptée : notre capacité à poursuivre l’innovation est essentielle pour maintenir notre avance et gagner des parts de marché.
À ce jour, il n’existe pas de signal lumineux adaptable à l’ensemble des types de bornes. L’information directe à l’usager représente donc une véritable innovation d’usage, et l’expérimentation devait permettre de vérifier si ce dispositif peut réellement modifier les comportements.
Que cherchiez-vous précisément à valider avec l’expérimentation ?
Cyril Pradel, BH Environnement : L’expérimentation visait à transformer une observation simple -le remplissage inégal des bornes jumelles- en une solution concrète.
L’expérimentation devait confirmer :
- si un signal lumineux sur une borne pleine influence le comportement de l’usager ;
- si les habitants se dirigent spontanément vers la borne disponible ;
- si la visibilité du signal est suffisante en plein jour ;
- si l’autonomie énergétique est tenable ;
- et si le dispositif résiste aux conditions réelles (météo, vandalisme, diversité des modèles de bornes).
Un autre enjeu clé consistait à vérifier si le dispositif pouvait, au-delà du geste de dépôt, optimiser les tournées de collecte et réduire la tendance aux dépôts sauvages.
Pourquoi avoir mis en place cette expérimentation avec Rennes Metropole ?
Cyril Pradel, BH Environnement : Nos échanges avec les collectivités et les fabricants avaient montré que l’équilibre des collectes était un défi majeur, notamment dans un contexte de hausse des coûts de l’énergie et d’évolution des réglementations sur le tri. À cela s’ajoute une difficulté bien connue : lorsqu’une borne déborde, les dépôts sauvages au pied du conteneur relèvent du service propreté de la ville, ce qui crée des tensions entre services et complique les interventions.
Dans ce contexte, plusieurs collectivités s’étaient déjà montrées intéressées par un dispositif simple et visible pour informer l’usager en temps réel. Rennes Métropole, comme d’autres territoires, faisait face à des débordements sur certains PAV, ce qui en faisait un terrain particulièrement pertinent pour tester HeySignal.
Marielle Granja, du service Collecte des déchets de Rennes Métropole : La Direction des Déchets et des Réseaux d’Énergie gère les déchets de 470 000 habitants sur 43 communes, avec plus de 3 000 bornes d’apport volontaire. Certaines zones présentaient effectivement des saturations ponctuelles. Nous utilisons déjà la télérelève pour optimiser les collectes, mais cette information n’est pas transmise aux usagers. Le dispositif proposé par BH Environnement répondait donc directement à nos besoins : améliorer la propreté, réduire les débordements et faciliter le travail des équipes de terrain.
Quelles ont été les étapes de l’expérimentation ?
Cyril Pradel, BH Environnement : L’expérimentation s’est déroulée en trois phases.
Phase 1 : Observation des comportements (sans signal). Nous avons équipé trois points d’apport volontaire (six bornes) uniquement avec des sondes pour confirmer que les bornes jumelles ne se remplissent pas à la même vitesse. Les données ont validé cette hypothèse.
Phase 2 : Installation du signal lumineux. Nous avons posé un signal lumineux sur chaque borne. Le seuil d’alerte était fixé à 75 %. L’objectif était d’observer si les usagers modifiaient leur comportement lorsque la borne la plus remplie clignotait en rouge.
Phase 3 : Ajout d’une communication visuelle. Rennes Métropole a créé et posé des stickers explicatifs, et des flyers ont été distribués dans les foyers proches par les médiateurs déchets. Nous voulions vérifier si ce complément d’information renforçait l’effet du signal sur le comportement.
Que vous a révélé l’expérimentation sur la solution et les utilisateurs ?
Cyril Pradel, BH Environnement : L’expérimentation a permis de tirer des conclusions essentielles sur la faisabilité technique et l’impact comportemental de la solution HeySignal.
Sur le plan technique, nous avons validé l’intégration entre nos sondes et le signal lumineux. Le système a bien réussi à piloter l’allumage des signaux (rouge clignotant) pour orienter l’usager vers la borne la moins remplie, prouvant la faisabilité du concept.
Grâce à l’expérimentation, nous avons aussi pu ajuster la robustesse du matériel : celui-ci n’était pas adapté à l’environnement urbain, au vandalisme et aux intempéries. Cela a nécessité un travail de sous-traitance spécialisée en électronique (création d’un boîtier et d’une carte électronique garantissant résistance et visibilité en plein jour), entraînant des délais supplémentaires.
Par ailleurs, en cours d’expérimentation, nous avons dû remplacer des signaux lumineux dont les piles étaient épuisées. Aujourd’hui, le sujet de l’autonomie énergétique reste un défi à surmonter.
Sur le plan comportemental, nous avons vu que le signal seul générait un impact, mais limité. Grâce aux stickers, et aux tracts créés par le service communication de Rennes Métropole et à la médiation faite auprès des riverains, l’effet a été renforcé : les usagers ont mieux compris le rôle du signal et ont davantage adapté leur geste.
Marielle Granja, du service Collecte des déchets de Rennes Métropole : Le signal s’est en effet révélé plus efficace lorsqu’il était accompagné d’une communication spécifique. Selon nous, l’expérimentation montre un dispositif prometteur, mais il aurait fallu l’étendre à davantage de PAV pour disposer de conclusions solides. Elle a toutefois permis de mener une sensibilisation auprès des habitants (300 foyers vus sur 400 concernés).
Maintenant que l’expérimentation est terminée, pouvez-vous nous expliquer en quoi elle a été bénéfique ?
Cyril Pradel, BH Environnement : Sans cette expérimentation, nous n’aurions pas obtenu le retour terrain indispensable pour envisager l’industrialisation d’une solution encore inédite sur le marché. La solution, désormais éprouvée sur le terrain, devient un argument de vente majeur pour les collectivités. Elle présente également un fort potentiel d’exportation, notamment via les fabricants de contenants. Le succès commercial attendu de HeySignal devrait par ailleurs conduire à des recrutements techniques et commerciaux.
L’accompagnement du Poool et du Lab Rennes Saint-Malo a-t-il correspondu à vos attentes ?
Cyril Pradel, BH Environnement : Le programme LAB Rennes Saint-Malo est un catalyseur essentiel pour l’innovation en phase de pré-industrialisation. Il offre un cadre structuré, un tiers de confiance et nous a donné un accès privilégié à Rennes Métropole. Nos interlocuteurs engagés ont été déterminants pour faire avancer le projet : la mise en œuvre sur le terrain, notamment le déploiement des sondes et des signaux lumineux, a demandé une coordination fine avec les équipes, qui se sont pleinement prêtées au jeu.
Bien que l’expérimentation ait été un succès dans sa réalisation, nous avons tout de même connu des ajustements majeurs en termes de calendrier, témoignant de la complexité de l’innovation en milieu réel. Le dispositif a été suffisamment souple pour nous permettre d’allonger le calendrier lorsque c’était nécessaire, via plusieurs avenants.
Valérie Watine, Le Poool : Les ajustements évoqués par Cyril reflètent aussi la réalité des entreprises qui mènent une expérimentation tout en gérant, en parallèle, leur activité quotidienne. Dans le cas de Heyliot, la période particulièrement dense a impacté les ressources disponibles pour mener à bien le projet d’expérimentation au rythme initialement prévu.
L’un des intérêts du LAB Rennes Saint-Malo est de faciliter l’accès aux services de Rennes Métropole, dont les équipes sont habituées aux exigences de ces phases de test. Le LAB existe depuis 2015 et fête ses 10 ans cette année : dix ans de collaboration au service des entreprises du territoire. Heyliot avait d’ailleurs déjà bénéficié d’une première expérimentation au démarrage de son activité.