Success Story : Unseenlabs avec Clément Galic (co-founder & CEO)

« Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière ». Si nous devons cette belle citation à Audiard, loin de nous l’idée de qualifier de « fêlés » Clément Galic et ses frères associés. Quoique… La suite dans cette interview !
À noter qu’Unseenlabs nous fera le plaisir d’intervenir à la Matinale dédiée au spatial – le 16 septembre, à l’heure du petit déjeuner (inscription ici !)

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis ingénieur dans l’aviation civile, spécialisé dans les systèmes critiques de gestion du trafic aérien. Après mon Master à l’ENAC Toulouse, j’ai travaillé sur des logiciels dédiés aux tours de contrôle ­— des systèmes dits critiques, car ils doivent assurer le bon fonctionnement du trafic, et ne jamais tomber en panne. Je me suis ensuite orienté dans le monde du spatial, en rejoignant un sous-traitant du CNES. J’ai participé au déploiement des procédures de communication entre les satellites et le sol de ce qui est aujourd’hui le centre de contrôle du CNES.

Puis Unseenlabs a vu le jour. J’ai co-fondé cette entreprise avec mes deux frères : Benjamin, avocat en droit d’affaires, qui n’a pas de fonction opérationnelle au sein de la structure, et Jonathan, notre CTO. Jonathan a fait ses études à Supélec Rennes, pour lui aussi partir à Toulouse et travailler chez Airbus Defense and Space. C’est notre spécialiste des satellites. Son rôle est essentiel dans l’histoire de notre startup.

Deux des co-fondateurs d'Unseelabs

Jonathan et Clément Galic

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’entreprendre ?

C’est grâce à Benjamin que nous avons envisagé de nous lancer. Son job : conseiller et accompagner des entreprises innovantes. Aussi, je l’ai souvent entendu dire que créer une entreprise en France n’est pas si inaccessible ou fastidieux qu’on pourrait le croire : il suffit d’avoir la bonne idée, et les structures d’accompagnement sont nombreuses. Nous réfléchissions à ce potentiel projet depuis quelques années lorsque nous avons découvert en 2014 qu’une entreprise américaine, rentable, utilisait des nanosatellites. C’est ce modèle qui nous a inspirés, et que nous avons déployé en France. Un pari fou, car en 2021 encore, nous n’avons qu’un seul concurrent tant la technologie est pointue et l’accès à l’espace restreint.

Nous avons donc quitté nos jobs respectifs pour revenir à Rennes, et créer Unseenlabs en 2015.

Que propose Unseenlabs ?

Pour faire simple, nous déployons nos propres satellites pour capter des données liées aux signaux électromagnétiques émis depuis la terre — et localiser des bateaux. Ce sont ces données que nous commercialisons à nos clients, pour la surveillance maritime notamment. Car ces espaces sont sensibles, entre pollution, piraterie et pêche illégale. Nous avons pour objectif de surveiller ces territoires marins en tout point du globe — nous avons pour le moment 4 nanosatellites, il nous en faudra 15 à 20 supplémentaires. À noter que les nanosatellites couvrent une plus large surface qu’un satellite « classique » : 1 million de km2 contre 400 km2.

Nous travaillons pour l’État, mais aussi pour des acteurs privés (armateurs, assureurs, etc.) et des ONG internationales — car leurs actions éthiques en mer résonnent en nous, en Bretons que nous sommes.

Ainsi, en 2018, nous avons levé 7,5 millions d’euros, ce qui nous a permis de lancer notre premier satellite et de nous développer. Ce tour de table a été suivi d’un second à l’été 2021, de 20 millions d’euros cette fois-ci. Avec ces fonds, Unseenlabs va vraiment pouvoir changer d’échelle, aller très fort et très loin. Nous sommes aujourd’hui 26. Nous espérons passer à 30 d’ici la fin de l’année, et continuer à recruter en 2022. Ceci étant dit, nous tenons à ce que notre entreprise reste à taille humaine !

La technologie Unseenlabs, en bref

À quel stade de développement Le Poool t’a-t-il donné un coup de pouce ? En quoi cela t’a permis d’accélérer ton business ?

En 2015, nous avons pitché notre projet auprès de Rennes Atalante, aujourd’hui Le Poool. Même si le pari était fou — acquérir des satellites, les lancer dans l’espace, pour collecter des données ­—, nous avons été suivis, soutenus et accompagnés. Une belle preuve du terreau fertile pour la création d’entreprises innovantes à Rennes ! Nous avons ensuite intégré l’incubateur Emergys, toujours avec Rennes Atalante, qui nous a ouvert les portes de la région, et du Pôle Mer Bretagne Atlantique.

Pourquoi avoir choisi Rennes pour t’installer ?

Pour tout ce qui vient d’être dit, mais aussi parce que nous savons que les talents que nous recruterons demain se forment à Rennes. Le potentiel est énorme, car nous recherchons des ingénieurs en informatique de haut niveau, en cybersécurité ou en télécoms — et c’est ici que ça se passe ! Et puis, Rennes c’est notre port d’attache : nous y sommes nés, nous y avons grandi, et après un détour par Toulouse, nous voici de retour à la maison.

L’actu du moment pour Unseenlabs ?

C’est une sacrée actu pour nous : nous avons lancé notre quatrième satellite le 16 aout dernier depuis Kourou. Cet événement marque le début d’une nouvelle vague de tirs de satellites. Et ce n’est pas une mince affaire, car les fabricants et exploitants de fusées sont peu nombreux dans le monde, et assez courtisés.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer ?

De ne pas hésiter ! En France, les entreprises innovantes sont très bien entourées et soutenues, tant au niveau local que national. Et je crois que c’est assez unique au monde. Un autre conseil : il faut faire ce qu’on sait faire. Car c’est de là que nait une réelle expertise, et la crédibilité qui en découle, pour enfin dérouler un beau projet entrepreneurial.