Le Poool, avec Rennes Métropole et Saint-Malo Agglomération, permet aux entreprises qui ont un impact positif sur la société de tester leur innovation en conditions réelles. Le LAB Rennes Saint-Malo aide les entrepreneurs à organiser l’étape de « l’expérimentation », ce moment clé, avant la commercialisation, où la solution est confrontée pour la première fois à son public. Une aide au financement du projet d’expérimentation est possible jusqu’à 50 000€ en Avance Remboursable.
Portée par le souhait d’agir sur la souveraineté alimentaire de nos territoires, Fourmi développe un modèle de conserverie low-tech. À l’origine du projet, Manon Robert et Quentin Feutren. Leur ambition : améliorer la résilience alimentaire locale, tout en proposant une alternative aux méthodes industrielles énergivores et peu adaptées aux petits producteurs. Bienvenue dans l’expérimentation de la micro-conserverie la plus sobre de France !
| Durée de l’expérimentation : 14 mois Lieu de l’expérimentation : La Ferme du Champ Juhel, à Mouazé, et La Ferme des Ecrannes, à Saint-Aubin-d’Aubigné. Zoom sur SolarAnt, la solution de Fourmi : La transformation en conserve est l’une des solutions pour améliorer la souveraineté alimentaire locale. Elle permet de prolonger la durée de vie des aliments périssables, de générer des revenus complémentaires pour les producteurs locaux (30% des producteurs français ont un revenu inférieur à 350 € par mois !) et de lutter contre le gaspillage alimentaire.Problème : les conserveries classiques sont gourmandes en énergie et en eau, fortement industrialisées et génératrices de déchets. Ces dernières années, plusieurs d’entre elles ont même dû stopper leur production face à la hausse des coûts énergétiques (dans l’industrie, la facture énergétique a augmenté de 54% en 2022).Avec SolarAnt, Fourmi vise à mettre au point un système low-tech (concentrateur solaire, rocket stove) et des outils accessibles en termes d’investissement. |
Quels étaient les enjeux de cette expérimentation pour Fourmi ?
Manon Robert, Fourmi : L’expérimentation devait démontrer la viabilité technique mais aussi économique de notre conserverie artisanale low-tech.
D’un point de vue technique, la pasteurisation solaire n’existait pas encore en conserverie. L’enjeu était donc de tester le système que nous avions mis au point, tout en respectant une réglementation sanitaire très stricte.
Il y avait aussi un enjeu organisationnel : nous travaillons avec une énergie intermittente et non pilotable, ce qui est difficile à appréhender financièrement puisque, jusqu’ici, les conserveries fonctionnent au gaz ou à l’électricité.
Pour nous, les enjeux étaient donc multiples :
- Valider notre technique de pasteurisation solaire.
- Maîtriser les coûts de production pour garantir un prix juste du bocal.
- Tester la logistique avec les producteurs.
- Recueillir les retours des consommateurs sur le concept et nos recettes.
- Vérifier que notre modèle permet de rémunérer au moins une personne à temps plein (teaser : nous avons découvert qu’il pouvait en financer deux !). »
Valérie Watine, LE POOOL : Dès l’entrée dans le programme, Le Comité a challengé Manon Robert et Quentin Feutren sur le modèle économique pour sécuriser la trajectoire de l’entreprise. Pour les aider, nous avons mobilisé un mentor issu de notre communauté, Lionel Algarra (DG de Planexus), qui a été à l’écoute des entrepreneurs. C’est une aide entre pairs enrichissante, qui permet aussi de prendre un peu de hauteur sur son propre projet.
Pourquoi avoir mis en place cette expérimentation avec la Ferme du Champ Juhel et La Ferme des Ecrannes ?
Manon Robert : L’un de nos objectifs avec Fourmi est de soutenir nos producteurs locaux en leur apportant un débouché commercial supplémentaire, tout en valorisant les surplus de production du territoire.
Il faut savoir que la transformation demande du temps, des compétences et un laboratoire équipé pour la plupart des recettes et qu’il est difficile d’avoir une bonne recette.
L’idée était donc de tester un parcours producteur complet, de la planification à la transformation, en passant par l’étiquetage et la livraison. Pour cela, nous cherchions des producteurs à 40 kilomètres maximum de Rennes.
De manière générale, en plus de l’expérimentation, les producteurs ont été pleinement intégrés à la démarche. Une journée portes ouvertes en juillet a permis de rassembler 20 producteurs autour du projet, avec démonstrations, dégustations, visite du site.
Valérie Watine, Le Poool : C’est un gage d’efficacité de trouver un terrain de jeu localement. Nous encourageons toujours les entreprises à identifier un terrain de jeu sur le territoire, et à associer au minimum deux expérimentateurs sur le projet. Le terrain n’était pas simple à trouver ici puisqu’une surface dégagée en extérieur était nécessaire pour installer leur dispositif de pasteurisation solaire.
Quelles ont été les différentes étapes de l’expérimentation ?
Manon Robert : Avant de rejoindre le dispositif, nous avions conçu les outils low-tech (concentrateur solaire, rocket stove) et validé les premiers prototypes et tests en cuisine (premières recettes en petites séries ; validation en laboratoire de la stabilité et de la sécurité des conserves).
Pendant que nous élaborions les recettes, nous avons commencé l’expérimentation, pour tester notre innovation sur le terrain auprès des producteurs, avec des volumes plus conséquents.
C’est lors de l’expérimentation que nous avons mis en place notre prestation de travail “à façon” : nous proposions aux producteurs un service pour transformer leur matière première végétale (fruits, légumes, légumineuses) en bocaux appertisés.
Nous avions besoin de valider chaque étape de la prestation :
- dépôt des surplus de production à la conserverie,
- mise en bocal,
- récupération des bocaux finis par le producteur,
- vente/consommation,
- puis retour des bocaux consignés.
Que vous a révélé l’expérimentation sur la solution et les utilisateurs ?
Manon Robert, Fourmi : Nous avons d’abord validé que notre processus de fabrication fonctionne et qu’il respecte parfaitement les réglementations sanitaires. C’est un premier gage de crédibilité.
Par ailleurs, l’expérimentation nous a permis de tirer de nombreux enseignements sur le plan technique (dimensionnement des outils, importance de l’isolation pour limiter les pertes de chaleur, nécessité d’un tracker solaire pour réduire la charge humaine). Nous avons aussi constaté que l’autopasteurisation n’était pas optimale sur certaines recettes : nous avons donc changé de méthode.
Nous avons aussi validé notre organisation logistique (planification, stockage, étiquetage, etc.), même si notre service de consignes doit encore être renforcé.
Mais surtout, grâce à l’expérimentation, la stratégie de positionnement produit a été réorientée. Les clients étaient séduits par le bio, le local et l’approche low-tech, mais attendaient des recettes plus gourmandes. Résultat : fini les recettes simples à base de mono-légumes qui était l’hypothèse de départ, place à des produits plaisir et apéritifs, très travaillés, en petits formats, prêts à déguster (ex : pesto de chou, ketchup de betterave).
Ces retours ont été décisifs : ils nous ont permis d’améliorer nos recettes et de positionner nos conserves un peu plus haut de gamme. Nous pouvons donc les vendre plus cher, ce qui nous permet de couvrir correctement nos coûts de revient — chose impossible avec notre premier positionnement.
Nous avons aussi réussi à construire une grille tarifaire claire avec – et pour les petits producteurs : tarifs à la journée / demi-journée, options d’étiquetage, gestion des bocaux consignés, etc.
Bien sûr, nous avons rencontré des difficultés, notamment une météo particulièrement défavorable en 2024, limitant les tests solaires, et moins de surplus agricoles que prévu, réduisant les volumes disponibles.
Maintenant que l’expérimentation est terminée, pouvez-vous nous expliquer en quoi elle a été bénéfique ?
Marine Petit, La Ferme des Écrannes : Je cherchais une conserverie avec qui je pouvais avoir plus de liens et qui comprenne l’aspect « petite ferme », je suis vraiment bien tombée.
L’expérimentation a eu un impact financier bien sûr, avec près de 3000 euros de ventes supplémentaires grâce à la production de bocaux, ce n’est pas négligeable ! Nous avons aussi pu mieux visualiser les besoins des clients et les sensibiliser toujours plus à des pratiques vertueuses.
Aucun regret d’avoir proposé de participer à cette aventure, puisque suivre les processus, goûter les recettes et voir toutes les réflexions étaient passionnant.
Brice Tandille – La Ferme du Champ Juhel : Je ne me retrouvais pas trop avec les conserveries industrielles qui demandent au minimum 100 kg de légumes. Maintenant on a notre propre conserverie qui est adaptée pour nous et avec en plus de nombreuses recettes très appréciées de nos clients ! Les amapiens sont aussi enthousiastes que moi.
Tout cela confirme que la transformation de légumes en surplus est très appréciable pour amener une diversité entre mars et juin, d’autant plus que les prix proposés semblent permettre de convenir au client, au producteur et au transformateur.
Manon Robert : De notre côté, en plus de tout ce que nous avons pu améliorer, le plus grand bénéfice a été de disposer de temps. Avant de découvrir le dispositif, nous envisagions d’ouvrir un an plus tôt. Mais si nous l’avions fait, nous nous serions cassé les dents : pas assez de recul, un marché non confirmé, des produits pas adaptés aux besoins des consommateurs et des producteurs. Finalement, prendre notre temps nous a permis d’en gagner !
Nous nous engageons désormais dans le lancement commercial de notre conserverie avec une sérénité qu’on n’aurait pas eue il y a un an. Une offre claire, des prix réalistes, et surtout une différenciation forte.
Aussi, nous avons la confirmation que notre offre plaît, avec un taux de satisfaction de 93 % sur nos recettes, mesuré grâce aux dégustations sur le terrain. Ce chiffre a permis d’ajuster les prix à la hausse, en cohérence avec une montée en gamme.
Nous avons aussi prouvé que le projet pouvait faire vivre deux personnes à temps plein avec une rentabilité démontrée à partir d’un volume de transformation de légumes situé entre 12 et 50 kg par jour. Cela nous a donné la confiance nécessaire pour lancer l’activité dès juillet 2025.
Maintenant, nous devons nous concentrer sur le lancement commercial des prestations, trouver une meilleure consigne, travailler notre stratégie de communication et créer le “savoir-faire FOURMI” pour outiller les producteurs dans la vente.
L’accompagnement du Poool et du Lab Rennes Saint-Malo a-t-il correspondu à vos attentes ?
Manon Robert : L’accompagnement a d’abord permis de crédibiliser le caractère innovant du projet auprès de l’écosystème rennais, en montrant que la conserverie low-tech pouvait être prise au sérieux dans un secteur très normé. Le prêt financier de 26 000€ a donné à l’équipe la capacité de tester sur une longue période et dans de vraies conditions de terrain.
Valérie Watine, Le Poool : Ce projet illustre la mission du Poool et du Lab Rennes Saint-Malo : soutenir les innovations qui contribuent à une agriculture et une alimentation durable et désirable sur notre territoire. Notre rôle de tiers de confiance, via la convention tripartite signée entre Fourmi, les fermes partenaires et le Poool, a permis d’aligner les attentes de chacun et de sécuriser le projet. Aujourd’hui, Fourmi sort de l’expérimentation avec une confiance renforcée pour passer à l’étape de commercialisation.