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Retour sur l’expérimentation de Domelior au Centre Hospitalier de Saint-Malo et à la Fondation Saint-Hélier de Rennes

En janvier 2025, Le Poool annonçait le début de l’expérimentation de Domelior, une jeune entreprise spécialisée dans l’adaptation du domicile pour les personnes en perte d’autonomie ou en situation de handicap.

Sa plateforme, nommée Ker’Go en cours d’expérimentation, a été testée au sein du Groupement Hospitalier Rance Emeraude (Hôpital Saint-Malo, Dinan, Cancale) et de la Fondation Saint-Hélier à Rennes.

Prévue pour dix mois, l’expérimentation s’est finalement étendue sur quatorze mois, le temps pour Domelior de repenser la plateforme en profondeur grâce aux retours terrain. L’heure est désormais au bilan : Juliette Guyomarc’h, fondatrice, revient sur l’évolution de l’outil, les apprentissages clés et l’impact concret de cette phase test.

Cette expérimentation est soutenue par le programme du LAB Rennes Saint-Malo, porté par Le Poool x La French Tech Rennes St-Malo, avec Rennes Ville et Métropole et SAINT-MALO AGGLOMÉRATION (EPCI), qui permet aux entreprises qui ont un impact positif sur la société de confronter leur solution pour la première fois à leur public. Une aide au financement du projet d’expérimentation est possible jusqu’à 50 000€ en Avance Remboursable.

Durée de l’expérimentation : prévu pour environ 10 mois, l’expérimentation a duré 14 mois, justifiée par la refonte technique complète et la remobilisation du terrain.

Expérimentateurs : La Fondation Saint-Hélier à Rennes et le Groupement Hospitalier Rance Emeraude (St-Malo, Dinan, Cancale).
Zoom sur Ker’Go, la plateforme de Domelior

85% des Français souhaitent rester vivre chez eux, or, seuls 6% des logements en France sont dits « adaptés ». Faire évoluer son logement face à une perte d’autonomie ou à un handicap est en effet une entreprise complexe : démarches multiples, manque de visibilité sur les aides financières et difficulté à trouver des professionnels fiables. 
Domelior simplifie ce parcours grâce à une plateforme qui centralise pour le patient et ses proches : les préconisations d’aménagement du domicile, l’éligibilité aux aides financières ainsi que les démarches à réaliser étape par étape. Domelior peut ensuite orienter vers des prestataires finement sélectionnés pour la réalisation des aménagements. La plateforme permet également à plusieurs prescripteurs, ergothérapeutes et assistants sociaux notamment, de travailler ensemble autour d’un même dossier. L’ergothérapeute identifie le besoin d’adaptation ; l’assistant social évalue les aides mobilisables. Une fois ces deux volets complétés, une synthèse claire est produite pour le bénéficiaire.Ce dernier (ou un proche aidant) accède ensuite à son espace personnel via un code sécurisé. Il peut choisir et contacter plusieurs entreprises de travaux présélectionnées pour leur sérieux, dans le respect du principe de libre choix et de concurrence.

Ceci était la visée initiale de la plateforme. L’expérimentation a fait pivoter celle-ci, pour mieux servir la mission de Domelior, qui est de faciliter l’aménagement du domicile des personnes âgées et/ou en situation de handicap.

Quels étaient les enjeux de l’expérimentation ? 

Juliette Guyomarc’h, cofondatrice de Domelior : Le besoin d’aménagement du domicile apparaît le plus souvent à la suite d’une chute, d’un accident ou d’un événement ayant entraîné une hospitalisation. Partant de ce constat, notre objectif a été d’équiper les professionnels des centres de santé concernés, notamment les ergothérapeutes et les assistants sociaux, d’outils leur permettant à la fois de gagner du temps dans la prise en charge de ces situations et de mieux coordonner les échanges avec les acteurs externes chargés de réaliser les aménagements.

L’objectif de l’expérimentation était de valider la solution avec les professionnels qui prescrivent au quotidien ces adaptations du domicile, pour s’assurer qu’elle était alignée avec leurs attentes avant de lancer une commercialisation à grande échelle.

Nous voulions créer un outil réellement collaboratif, capable de fluidifier le travail entre les équipes internes d’un centre de santé et les interlocuteurs externes impliqués dans le financement ou la réalisation des travaux.

Cette expérimentation devait aussi permettre d’atteindre une version opérationnelle de la plateforme, prête à être intégrée dans les centres de santé. Nous cherchions notamment à :

  • identifier les freins, besoins et motivations des professionnels,
  • recueillir leurs retours détaillés pour affiner l’outil,
  • comprendre les conditions d’intégration dans leurs systèmes existants (ex. : connectivité aux outils métiers),
  • cadrer les exigences techniques et réglementaires (RGPD, HDS, CGU, PUPD…),
  • mesurer les gains de temps et d’efficacité,
  • accompagner plus de 50 patients dans l’aménagement de leur domicile sur six mois,
  • et définir un modèle économique pérenne pour équiper les centres via une licence annuelle.

Pourquoi avoir mis en place cette expérimentation avec le Pôle Saint Hélier, centre de rééducation de Rennes et Le Groupement Hospitalier Emeraude Rance ?

Juliette Guyomarc’h  : Tout d’abord, il faut savoir que le besoin d’adaptation de son logement peut être préventif, ou survenir à la suite d’une hospitalisation ou d’un séjour en centre de rééducation. Les structures médicales sont donc un terrain naturel pour déployer notre solution : le besoin y est régulier et les prescripteurs regroupés.

Nous cherchions par ailleurs des terrains d’expérimentation proches de Saint-Malo, où est située notre entreprise. Grâce au Poool et au programme du LAB Rennes Saint-Malo, nous avons pu rencontrer Guillaume Bonenfant (GHRE) et Bastien Fraudet (Fondation Saint-Hélier). Dès la première rencontre, nous avons identifié qu’ils avaient des sujets autour de l’accompagnement des patients vers le retour à domicile.

Par ailleurs, travailler avec un établissement privé (Saint-Hélier) et un public (GHRE) offrait une diversité utile et limitait le risque de créer une solution trop « sur-mesure » pour l’un ou l’autre.

Guillaume Bonenfant, Directeur des Systèmes d’Information et de l’Innovation en Santé au GHRE : Le Groupe Hospitalier Rance Émeraude (GHRE) est un établissement public de santé réunissant les sites hospitaliers de Saint-Malo, Dinan et Cancale. Avec plus de 4 500 agents, le GHRE s’inscrit dans une démarche proactive de recherche de solutions innovantes, y compris en phase d’expérimentation. La plateforme numérique Domelior a été identifiée pour optimiser le temps des professionnels et mieux accompagner le retour des patients à domicile.

Bastien Fraudet, Directeur du LAB Saint-Hélier : Depuis 2015, le LAB Saint-Hélier accompagne chercheurs et entreprises dans la conception de solutions innovantes, depuis l’enquête d’usage jusqu’aux études cliniques, dans les domaines du handicap, du vieillissement et de l’autonomie. Porté par la Fondation Saint-Hélier, le LAB Saint-Hélier incarne un engagement constant à co-développer des dispositifs utiles au terrain. 

L’expérimentation sur plusieurs temps devait permettre d’évaluer le besoin des professionnels et d’accompagner Domelior à la réalisation d’un produit correspondant le plus au besoin en termes d’usages. Nous voulions permettre aux ergothérapeutes de la Fondation Saint-Hélier de tester une solution innovante de rédaction de compte-rendus ou de bilans dans l’exercice de leur travail au quotidien. 

Quelles ont été les étapes de l’expérimentation ? 

Juliette Guyomarc’h, cofondatrice de Domelior : L’expérimentation a connu plusieurs phases.

Phase 1 : Première mise à disposition auprès de plusieurs équipes : la plateforme devait accompagner la sortie d’hôpital et l’identification des besoins d’adaptation.

Phase 2 : Constat rapide des limites : la solution n’était pas assez avancée pour intégrer plusieurs métiers et plusieurs établissements.

Phase 3 : Recentrage sur les ergothérapeutes : c’est la profession qui voyait le plus clairement l’intérêt et le gain potentiel.

Phase 4 : Refonte complète de la plateforme (V2), d’abord sous forme de maquette, puis développement et tests auprès du Lab Saint-Hélier.

Que vous a révélé l’expérimentation sur la solution et ses utilisateurs ?

Juliette Guyomarc’h, cofondatrice de Domelior : Les assistants sociaux se sont finalement peu reconnus dans l’outil, tandis que les ergothérapeutes ont identifié un vrai potentiel, surtout sur la rédaction guidée, la structuration du contenu et la simplification des préconisations de matériel technique.

Par ailleurs, la réalité du terrain a rapidement montré que notre solution, dans sa forme initiale, devait impérativement évoluer pour espérer obtenir une véritable adhésion des professionnels avant même d’envisager l’accompagnement des patients. Nous avons donc revu nos ambitions et fait le choix stratégique de nous recentrer sur le cœur du métier : répondre précisément aux besoins des ergothérapeutes. 

Ces constats nous ont conduits à un pivot clair : concevoir une solution d’abord et avant tout métier, centrée sur les besoins des ergothérapeutes. Cette décision a rendu la solution plus cohérente, plus simple et plus robuste.

Ensuite, l’évaluation menée par le Lab Saint-Hélier a confirmé :
– une forte intention d’usage,
– une utilité perçue élevée,
– un outil jugé simple et intuitif,
– une bonne intégration dans la routine de travail,
– un rapport bénéfice/effort favorable.

Aujourd’hui, certaines fonctionnalités restent à clarifier, notamment le paramétrage des trames ou quelques options peu utilisées.

Bastien Fraudet, Directeur du LAB Saint-Hélier : L’appropriation de la solution a été globalement positive, même si elle a naturellement varié selon les professionnels et selon les situations rencontrées pendant l’expérimentation. L’envie d’essayer l’outil était bien présente et l’évaluation a montré une mobilisation réelle : sur les six professionnels impliqués lors de la seconde phase, quatre ont utilisé Ker’Go pour rédiger des comptes rendus de visites à domicile, deux l’ont utilisé pour produire des argumentaires, et deux n’ont pas encore eu l’occasion de l’utiliser simplement faute de visites sur la période.

Comme pour tout nouvel outil, un temps de prise en main a été nécessaire : compréhension de l’interface, adaptation aux trames proposées, identification des fonctionnalités utiles dans chaque situation. Certains professionnels ont rapidement perçu des bénéfices concrets en termes de structuration, de gain de temps et d’efficacité. D’autres se sont montrés plus réservés, principalement en raison de ce temps d’adaptation initial.

Plusieurs fonctionnalités ont particulièrement retenu l’attention :
– la prise de notes et la rédaction basée sur l’IA,
– la possibilité d’ajouter des croquis,
– le contrôle vocal, jugé très intéressant dans certaines situations de terrain.

Des limites ont également été identifiées par les utilisateurs, notamment la nécessité d’une connexion internet stable et le fait que la solution prenne pour l’instant la forme d’un site web plutôt que d’une application dédiée. 

Maintenant que l’expérimentation est terminée, pouvez-vous nous expliquer en quoi elle a été bénéfique ? 

Juliette Guyomarc’h, cofondatrice de Domelior : L’expérimentation nous a appris une chose essentielle : un produit doit être construit sur un socle technique solide, simple et évolutif. 

Nous avons appris : 

  • l’importance de co-concevoir dès le départ avec des maquettes simples, pas forcément très développées
  • la nécessité de documenter et d’architecturer correctement la solution
  • le danger de “réparer” une mauvaise base plutôt que de repartir de zéro. 

Pour garantir la stabilité du produit sur le long terme, il a été nécessaire de repartir d’une base technique neuve. Cette décision de refonte intégrale, prise grâce à l’expérimentation, est aujourd’hui un des fondements du bon fonctionnement de Ker’Go. 

Bastien Fraudet, Directeur Lab Saint-Hélier : C’est vraiment l’intérêt de ce type de ce montage. Je suis ravi que les retours du terrain aient pu réaiguiller l’équipe de Domelior sur un produit plus adapté à la demande. Le contrat est rempli pour nous car notre participation va aider Domelior à affiner sa roadmap pour la suite de son aventure entrepreneuriale.

Guillaume Bonenfant, Directeur des Systèmes d’Information et de l’Innovation en Santé au GHRE : Nous sommes toujours en recherche d’innovation pour accompagner nos équipes soignantes. Ces solutions doivent démontrer rapidement leur valeur ajoutée, sinon les équipes ne les utilisent pas. Nous devons donc prouver que le temps consacré à un outil permet d’en gagner ensuite auprès du patient.

J’ai apprécié la réactivité de Juliette Guyomarch après les premiers retours terrain. Beaucoup de logiciels s’enferment dans des ajustements compliqués plutôt que d’être repensés. Ici, l’équipe n’a pas hésité à repartir de zéro techniquement, ce qui représente un effort considérable et mérite d’être souligné.

Quelles ont été les difficultés rencontrées ? 

Juliette Guyomarc’h, cofondatrice de Domelior : Les principaux défis ont surtout été liés au décalage entre l’ambition du projet et le niveau de maturité de la première version. C’est dans ce contexte de pivot que l’Association Appui Santé Rance Emeraude et son Dispositif d’Appui à la Coordination, initialement engagés, n’ont pas pu poursuivre l’expérimentation, faute d’ergothérapeutes disponibles.

La collaboration avec le GHRE a également été marquée par une forme de frustration partagée. Avec notre première version non adaptée et un calendrier chargé côté hôpital, l’expérimentation n’a pas pu se poursuivre jusqu’au déploiement de la V2, beaucoup plus aboutie.

Cette expérience nous a néanmoins beaucoup appris : elle nous a permis de mieux comprendre les contraintes d’un établissement public (nécessité d’un ROI clair, cycles de décision plus longs, attente d’une solution déjà très mature dès les premières démonstrations). Ces éléments nous seront très utiles pour la suite.

Guillaume Bonenfant, Directeur des Systèmes d’Information et de l’Innovation en Santé au GHRE : En effet, la première version de la solution, au départ peu adaptée aux ergothérapeutes dans un contexte hospitalier, ne répondait pas à un besoin que nous avions sur le terrain. Nous sommes aussi sans doute arrivés trop tard dans le processus : une étude auprès des professionnels au préalable aurait sans doute permis de mieux cibler les fonctionnalités. 

Quelles sont les retombées économiques de l’expérimentation pour Domelior ? 

Juliette Guyomarc’h, cofondatrice de Domelior : L’expérimentation a eu un impact direct et très positif sur notre développement. Elle nous a permis de clarifier notre positionnement, d’identifier précisément notre marché et d’obtenir une confirmation terrain forte : la solution, après pivot, répond à un besoin réel, notamment sur la structuration et la fluidification de toute la chaîne de préconisation. 

Nous nous rendons compte actuellement que Ker’Go simplifie non seulement le travail des ergothérapeutes, mais aussi celui des distributeurs, qui passent aujourd’hui beaucoup de temps à gérer la conformité documentaire et les échanges nécessaires à la prise en charge. En intégrant fabricants, distributeurs et prescripteurs, la solution réduit les erreurs, accélère les délais et améliore la qualité des informations transmises. Ce positionnement est pour le moment unique sur le marché et ouvre un vrai potentiel de valeur, autant pour les professionnels que pour les patients.

Aujourd’hui, plus d’une soixantaine d’ergothérapeutes utilisent déjà Ker’Go, et plusieurs centaines supplémentaires se sont inscrits pour accéder aux prochaines fonctionnalités, en lien avec la réforme du fauteuil roulant 100% pris en charge. Cette dynamique confirme le potentiel de la solution et s’accompagne de perspectives économiques solides : la montée en puissance attendue au cours des trois prochaines années devrait générer une croissance significative, portée à la fois par les abonnements des ergothérapeutes et par ceux des fabricants de matériel médical.

Cette trajectoire nous conduit à envisager les premiers recrutements dédiés à Ker’Go, notamment un développeur informatique junior pour accompagner l’évolution technique de la plateforme, ainsi qu’un responsable grands comptes pour structurer la relation avec les différents grands comptes (centre de santé, fabricants, etc).

La traction actuelle, combinée à la crédibilité apportée par le Lab Saint-Hélier, renforce notre position auprès des centres de rééducation et facilite nos discussions commerciales.

L’accompagnement du Poool et du Lab Rennes Saint-Malo a-t-il correspondu à vos attentes ?

Juliette Guyomarc’h, cofondatrice de Domelior : Le dispositif offre un vrai cadre aux échanges et facilite la mise en relation avec des lieux d’expérimentation qui, autrement, seraient difficiles à approcher pour de jeunes entreprises. Cela permet de gagner du temps, de structurer la démarche et d’accéder rapidement aux bons interlocuteurs. 

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